«Bienvenue, êtres vivants du monde entier. Bienvenue dans notre petite ville, bienvenue à Nagoro ! N’ayez pas peur, nous n’allons pas vous nuire. Sachez que, contrairement à vous, nous ne sommes pas en vie. »
Voici comment les touristes sont accueillis quand ils arrivent au village de Nagoro, sur l’île de Shikoku dans le sud-ouest du Japon. Ce village est totalement différent de tout ce que vous connaissez. Rien ici n’est ordinaire. En effet, en vous déplaçant à travers la ville, vous serez regardé par des poupées

Les poupées de Nagoro sont-elles mauvaises ?

Aucun rire, aucune émotion, aucun mouvement… Si vous vous promenez dans les rues de Nagoro, vous verrez partout des poupées ! Et le moins qu’on puisse dire est qu’elles ont l’air « un peu » effrayantes. Voire carrément flippantes.
Il y a une poupée qui ressemble à un agriculteur, se reposant dans son jardin. Une autre est debout à l’arrêt de bus, ayant peut-être l’intention d’aller quelque part. À l’école, l’enseignant veille sur ses élèves. Tout le monde est très calme et attentif. Peut-être parce que ces choses ne sont pas animées

Y a t-il plus de poupées dans ce village que de personnes ? Quelle pourrait être la raison selon vous ? Peut-être que des gens vivent ici, mais on dirait qu’ils ont trop peur de quitter leurs maisons. Les poupées seraient-elles diaboliques ?

Village aux poupées
Source : Google Maps

Les habitants fuient la ville. Mais ce n’est pas de la faute des poupées.

Si Dieu a créé l’homme, Ayano Tsukumi a créé plus de 350 poupées jusqu’ici. Elle a 65 ans et est l’une des quelques résidents qui habitent encore la ville de Nagoro. Elle est épouse et mère, mais son mari et sa fille ont tous deux décidé de vivre à Osaka, la grande ville la plus proche. Là-bas, ils ont un emploi et une vie meilleure que ce qu’ils pourraient probablement jamais avoir à Nagoro, le vieux village qui est plus mort que vivant.

Les derniers bureaux de Nagoro avaient été fermés il y a des années. Sans toutes les entreprises de la ville, ses habitants n’avaient plus la chance de trouver un emploi. Alors ils ont commencé à quitter leur ville natale, l’un après l’autre. Aujourd’hui, il n’y a guère de gens dans les rues de Nagoro. Même l’école a dû arrêté. Avec pas plus de deux élèves, il n’y en avait pas besoin. Là où autrefois il y avait des centaines d’habitants, il n’y a plus maintenant que 35 personnes. Maintenant, les poupées sont 10 fois plus nombreuses que les vivants.

Les poupées de Nagoro ressemblent aux anciens habitants, comme s’ils n’étaient jamais parti

Ayano Tsukumi est la mère de toutes les poupées qui habitent maintenant Nagoro. Malgré la condition peu enviable dans laquelle la ville se trouvait, elle est retournée dans son ancienne maison pour prendre soin de son père de 85 ans, il y a 13 ans. Après un an, elle a trouvé un épouvantail qui ressemblait beaucoup à son père. C’est à ce moment qu’elle a décidé de remplir la ville d’une «vie nouvelle».

Ce n’est pas par hasard si les poupées de Ayano ressemblent aux anciens habitants de Nagoro. Ils l’inspirent à créer de nouveaux personnages et à remplir la ville à nouveau comme si les habitants ne l’avaient jamais quitté. « Ils me rappellent de nombreux souvenirs », elle raconte aux journalistes qui viennent de temps en temps la questionner. Elle montre une poupée : « Cette vieille dame avait l’habitude de venir discuter et boire du thé. Ce vieil homme avait l’habitude de boire du saké et de raconter des histoires. Cela me rappelle le bon vieux temps, quand s’ils étaient encore en vie et en forme ».

Vallée aux Poupées au Japon

Un problème fréquent en région rurale au Japon : Les villes sont de plus en plus désertes

Le Japon souffre de sa population en déclin et aucune autre région est plus touché que les villes rurales du pays. Villages fantômes, terres agricoles abandonnées, fenêtres brisées… Les gens de la campagne sont de moins nombreux : les jeunes s’éloignent à la recherche d’une vie meilleure, et les anciens finissent par décéder.

« Est-ce que les poupées ont une âme ? » c’est ce que se demandent de nombreux visiteurs. Personne ne peut vraiment dire, les poupées ne laissent rien transparaître, mais leurs yeux semblent regarder tous ceux qui passe… Certains des habitants restants ont peur de ces poupées qui rappellent un mythe japonais selon laquelle les âmes peuvent prendre contrôle des organismes de leur choix, et même des poupées. De cette façon, les poupées peuvent prendre vie. Les gens se sentent surveillés par les poupées partout où ils vont… Effrayant, vous ne pensez pas ?

Non seulement les poupées de Nagoro sont inquiétantes mais elles pourraient avoir des âmes selon certains

Cependant, ce n’est pas une raison pour Ayano Tsukumi de cesser de faire des poupées. Pour elle, ce sont ses seuls compagnons, un remède à sa solitude et son seul passe-temps. Elle obtient de l’argent pour le matériel via de dons. Les touristes sont vraiment fous de la « Vallée des Poupées« , ils viennent par troupeaux voir ses épouvantails, les admirent et ont des frissons.

Ayano Tsukumi est particulièrement douée pour créer des grands-mères, dit-elle. Le visage et la bouche sont particulièrement difficiles : un seul faux mouvement et l’expression entière du visage de la poupée peut changer. Au lieu d’une grand-mère adorable vous obtenez un visage sombre, pas vraiment ce que les gens veulent voir à travers la ville. L’endroit est, après tout, déjà sombre assez. Ayano a même créé une poupée qui lui ressemble. De cette façon, quelqu’un peut continuer à regarder le feu dans le jardin quand elle décide de faire une sieste dans la maison.

Elle déjà déclaré qu’elle voulait rester dans sa ville natale, même si cela signifie en être son dernier résident. Cela sera peut-être effectivement le cas : Ayano Tsukumi, âgée de 65 ans, est la plus jeune personne dans la ville.

Si vous voulez en savoir plus sur cette « Vallée des Poupées », regardez la vidéo ci-dessous !